Dans le contexte tunisien, la question de l’évaluation d’une entreprise est au cœur de toute opération de transmission. Qu’il s’agisse d’une SARL ou d’une SA tunisienne, fixer un prix de cession juste et argumenté est un préalable indispensable à une négociation réussie.
Sur le marché tunisien de la cession-acquisition, les multiples pratiqués pour les PME se situent généralement entre 3 et 5 fois l’EBITDA, reflétant la profondeur encore limitée du marché local. Que la transaction porte sur des actifs isolés, un fonds de commerce ou des parts sociales d’une SARL (dont le capital minimum est fixé à 1 000 TND depuis la réforme de 2018), trois grandes approches permettent d’aboutir à une valorisation crédible et défendable.
Trois approches pour évaluer la valeur d’une entreprise en Tunisie
Aucune méthode unique ne suffit à déterminer le prix d’une entreprise de façon exhaustive. Les praticiens M&A recommandent systématiquement de croiser plusieurs approches : cette combinaison renforce considérablement la position du cédant ou du repreneur lors des rounds de négociation.

1. L’approche patrimoniale
Cette méthode repose sur un principe simple : recenser l’ensemble des éléments d’actif de la société, puis déduire les dettes et engagements figurant au passif pour obtenir l’actif net comptable corrigé. En pratique, il ne suffit pas de reprendre les chiffres du bilan tels quels. Les actifs corporels — équipements industriels, agencements, véhicules — doivent être réévalués en tenant compte de leur état réel d’usure et de leur degré d’amortissement. Certains éléments, comme le fonds commercial, les stocks ou les terrains et biens immobiliers, peuvent avoir significativement évolué par rapport à leur valeur comptable et nécessitent une réévaluation au prix de marché. Il convient également d’identifier les passifs latents ou hors bilan susceptibles d’affecter la valorisation finale.
Cette approche convient particulièrement à l’évaluation d’une entreprise artisanale ou d’un commerce de détail bien implanté, disposant d’un outil de production encore opérationnel. Sa limite principale réside dans le fait qu’elle n’intègre ni la capacité bénéficiaire actuelle de la structure, ni ses perspectives de croissance, ni la qualité et la fidélité de sa clientèle.
2. L’approche comparative
Cette technique consiste à positionner l’entreprise cible par rapport à des sociétés comparables ayant fait l’objet de transactions récentes sur le marché tunisien. L’objectif est de dégager une valeur de marché de référence, en s’appuyant sur des données issues d’organisations professionnelles, de fédérations sectorielles ou de bases de transactions disponibles auprès des instances compétentes. En Tunisie, le CMF (Conseil du Marché Financier) publie des informations utiles sur les opérations réalisées sur les sociétés cotées, tandis que les chambres de commerce régionales peuvent fournir des indicateurs sectoriels pour les PME non cotées.
Cette méthode est particulièrement adaptée aux reprises de commerces ou d’activités artisanales. Elle génère une fourchette de valorisation, dont l’amplitude varie selon le chiffre d’affaires et la localisation géographique de l’entreprise. Elle ne permet toutefois pas à elle seule de structurer le montage financier optimal de l’acquisition.
3. L’approche économique par les flux
Il s’agit ici d’estimer la valeur de la société à partir de sa capacité à générer des bénéfices dans le futur. On part des résultats des exercices passés pour projeter un résultat normatif ou récurrent, que l’on actualise ensuite à un taux reflétant le risque propre à l’activité et au contexte économique tunisien. Cette formulation permet de vérifier la viabilité économique de la cible et d’intégrer explicitement le risque de non-réalisation des projections dans le calcul.
L’atout majeur de cette approche réside dans sa double lecture : le cédant y trouve une justification ancrée dans l’historique de performance, tandis que le repreneur peut y intégrer ses propres hypothèses de développement. Elle facilite également la construction du plan de financement, en mettant en regard les flux futurs attendus et la charge de remboursement d’un éventuel crédit acquisition. À noter que dans le cadre d’opérations impliquant des investisseurs étrangers, la réglementation des changes de la BCT ainsi que le respect des obligations déclaratives auprès de l’Office des Changes constituent des contraintes à anticiper dès la phase d’évaluation.
Toute cession d’entreprise en Tunisie s’inscrit dans un cadre légal précis : le Code des Sociétés Commerciales (CSC 2000), le Code de l’Impôt sur le Revenu et le Code des Incitations aux Investissements (CII) pour les structures bénéficiant de régimes de faveur. En cas de litige sur la valorisation ou les conditions de la transaction, c’est le Tribunal de première instance (chambre commerciale) — à Tunis, Sfax ou Sousse selon la localisation — qui sera compétent pour trancher.
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